"Le scandale de la Croix a-t'il disparu ?" Paul l'apôtre

Publié le par Jack Martial

Dimanche 13 Avril 2014

6ème dimanche de Carême

Dimanche des rameaux

Louis PERNOT, pasteur de l’Eglise protestante

unie de France à Paris-Etoile.

Jn 12, 12-24

Musique

Sylvius-Leopold Weiss, Prélude, luth par Louis Pernot.

Salutation

Que ces quelques notes d’un prélude de Weiss, jouées sur mon luth, vous

souhaitent la bienvenue pour ce moment que nous mettons à part pour célébrer la

fête des Rameaux et nous rapprocher du mystère de la mort de notre Seigneur

Jésus Christ.

"Réjouis-toi, fille de Sion, Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici, ton roi vient

à toi ; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, sur un âne, le petit

d’une ânesse. (Zach 9 :9)

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur,

Paix dans le Ciel, et gloire dans les lieux très hauts."

Ce sont par ces paroles du prophète Zacharie que l’on ouvre traditionnellement

l’office pour ce jour des Rameaux, pour célébrer l’entrée de Jésus à Jérusalem, peu

avant sa Passion. L’Evangile nous dit en effet que, pendant la fête, il a annoncé sa

mort, et qu’entrant à Jérusalem, il a été célébré comme le Messie par ses disciples.

Mais ce rôle de Messie, Jésus voulait l’interpréter dans sa version pacifique, un

messie qui réalise les promesses de Dieu d’un point de vue spirituel et non

politique, et qui vient non pas sur un cheval, en guerrier, mais sur un âne, en

homme de paix.

C’est ce que nous lisons dans l’Evangile de Jean au chapitre 12, les versets 12 à 24.

Lecture de la Bible

"La foule nombreuse de gens venue pour la fête, apprit que Jésus se rendait à

Jérusalem ; ils prirent des branches de palmiers et sortirent à sa rencontre, et il

criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d'Israël.

Jésus trouva un ânon et s'assit dessus, selon ce qui est écrit : Sois sans crainte, fille de

Sion ; Voici, ton roi vient, Assis sur le petit d'une ânesse.

Ses disciples ne comprirent pas cela tout d'abord ; mais quand Jésus fut glorifié, alors

ils se souvinrent que ces choses étaient écrites de lui, et que, pour lui, ils les avaient

faites...

Or il y avait là quelques paÏens parmi les gens qui étaient montés pour adorer pendant

la fête. Ils s'approchèrent de Philippe de Bethsaïda en Galilée, et lui demandèrent :

Seigneur, nous voudrions voir Jésus. Philippe alla le dire à André, puis André et

Philippe allèrent le dire à Jésus.

Jésus leur dit : L'heure est venue où le Fils de l'homme doit être glorifié. En vérité, en

vérité, je vous le dis, si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul ; mais

s'il meurt, il porte beaucoup de fruit.."

Introduction au cantique

Jésus vient donc non comme un guerrier, mais comme un berger, prêt à mourir pour ses

brebis.

"Ô berger d’Israël écoute, Toi qui nous as frayé la route, Vois ton troupeau près de périr, viens

aujourd’hui le secourir, Fais briller sur nous ta splendeur, et nous serons sauvés Seigneur."

Ce sont ces belles paroles du Psaume 80 que je vous invite à écouter, ou à chanter

maintenant avec la Chorale de l’Etoile.

Cantique

Ps. 80 : « Ô berger d’Israël, écoute ! » par la Chorale de l’Etoile.

Prédication

Jésus donc, lors de son entrée à Jérusalem annonce sa mort, et de fait, il mourra sur une

croix peu de temps après. Il est d’usage de dire dans la prédication chrétienne que c’est

la mort de Jésus qui nous sauve, qu’en mourant il nous libère du péché et nous offre le

salut. Si cela est évident pour vous, alors tant mieux, mais je voudrais m’adresser à ceux

pour qui justement cela ne semble pas évident, et qui ont du mal à comprendre ou à

croire.

Et finalement, en quoi la mort de Jésus est-elle une bonne nouvelle, et en quoi cette

mort peut-elle nous sauver. Il y a, bien sûr, les thèses classiques, mais elles posent

aujourd’hui certains problèmes.

La première, c’est la lecture sacrificielle. On a enseigné en effet que la mort de Jésus

était le prix payé à Dieu pour notre libération et le pardon de notre faute. C’est ainsi que

l’on dit parfois que Jésus a été offert en « rançon » pour notre libération. Cette thèse est

difficile à admettre.

D’abord l’idée de la« rançon » est odieuse. Généralement, on ne paye des rançons qu’à

des gens peu sympathiques. Mais ce terme vient de ce que, en hébreu, la langue de la

Bible, il n’y a qu’un seul mot pour dire « libérer », et « racheter », parce que dans

l’antiquité, pour libérer un esclave, il fallait le racheter à son maître. C’est ainsi que

quand la Bible dit que Jésus est venu pour nous « racheter », ou payer la « rançon », il

faut entendre simplement qu’il est venu nous libérer. Et même dans l’Ancien Testament,

cette libération appelée « rachat » peut se faire gratuitement sans qu’il faille payer quoi

que ce soit. Le Rédempteur, celui qui rachète, c’est simplement celui qui nous libère,

libère de ce que l’on appelle le péché et qu’on appellerait aujourd’hui la culpabilité, la

peur, l’angoisse, la finitude et le découragement.

Donc pas de rançon, ni de rachat, Jésus nous libère, et Dieu nous sauve, sans prix, sans

rien à payer, c’est la définition de la grâce. Nous sommes pardonnés et sauvés, avec ou

sans mort, Dieu n’a pas besoin de ça.

Reste l’idée du sacrifice. « Jésus offert en sacrifice à Dieu pour notre salut ». Là, la chose

est plus délicate, parce qu’on la trouve dans la Bible, non pas dans l’Evangile, il faut bien

le dire, mais dans certaines épîtres, en particulier dans l’épître aux Hébreux. L’origine de

cette idée est donc bien biblique, mais il faut le dire, tout de même très problématique,

et aujourd’hui de plus en plus de théologiens s’en écartent. Comment admettre, en effet

l’idée d’un Dieu qui exigerait la mort sanglante d’un innocent et de son propre Fils par

dessus le marché, pour pouvoir nous sauver ou nous pardonner ? Ou Dieu veut nous

pardonner, ou il ne veut pas, et s’il le veut, pourquoi ne voudrait-il le faire qu’au prix de

la mort de son propre fils ? Cela donne de Dieu une image sadique et sanguinaire qui

nous éloigne des propos du Christ d’un Dieu tout puissant dans sa grâce et sa capacité à

aimer, et à pardonner.

On peut penser que cela vient d’un désir d’attirer les juifs à Jésus Christ, et que l’auteur

de l’épître aux Hébreux, a essayé de raccrocher ses lecteurs juifs à ce qu’ils

connaissaient, leur disant en quelque sorte : « vous pensez dans votre pratique que

quand on a fait un péché, on peut offrir un sacrifice animal à Dieu et que le péché est

pardonné... et bien là, Jésus, c’est comme un immense sacrifice de valeur infinie qui est

offert à Dieu, et il compte ainsi pour tous les péchés de la Terre ». L’idée est

intéressante, mais je ne crois pas plus qu’un sacrifice animal fasse que Dieu pardonne

une faute, que Dieu puisse exiger un tel prix absurde pour nous donner son salut.

Une autre thèse classique est que Jésus « enlève le péché du monde ». « Christ, agneau

de Dieu, qui ôte le péché du monde » chantons nous à la Cène. Cela est bien écrit dans

l’Evangile de Jean, reste à savoir comment l’interpréter. Bien souvent, on l’a lu selon la

théorie du « bouc émissaire » : Jésus se chargerait de tous nos péchés, et en mourant

les emmènerait dans le néant avec lui. Cela existait aussi dans les anciennes coutumes

d’Israël, où un bouc était chargé symboliquement de tous les péchés, et envoyé dans le

désert, il mourait faisant disparaître les péchés avec lui. Pour prendre une image

moderne, le mécanisme ressemblerait à celui de la lessive qui lave en capturant les

particules de saleté dans le savon pour les entraîner lors du rinçage dans les égouts. Mais

c’est une mécanique un peu trop primitive pour être vraiment adéquate à l’amour de

Dieu. Et là encore, sans doute que les prédicateurs ont voulu bien faire, schématisant les

choses pour les faire comprendre aux gens simples, mais c’est difficile de penser que

Dieu soit contraint d’avoir recours à de telles pratique primitives. On peut penser que le

sens de la citation est que l’Agneau de Dieu n’« ôte » pas le péché du monde, mais qu’il

le « porte » comme il est dit en Jean 1, 29 citant Isaïe 53, il « prend » sur lui le péché. Il

est vrai que Jésus a dû supporter la bêtise et la méchanceté du monde qui est retombée

sur lui.

Mais si Jésus n’est ni une rançon payée à un malfaiteur, ni une lessive qui lave nos

fautes, alors que nous apporte sa mort ?

Musique

Sylvius-Leopold Weiss, Sarabande, Luth par Louis Pernot.

Une idée impie germe dans mon esprit : si Dieu n’a pas besoin de la mort de Jésus pour

nous sauver, serions nous sauvés malgré la mort de Jésus ?

C’est ce que certains osent dire, et après tout pourquoi pas ? Ce qui nous sauve, ce n’est

peut-être pas tant sa mort que sa vie, sa prédication, parce qu’il nous a fait connaître le

Père, sa volonté à notre égard et son amour, nous serions ainsi sauvés plus malgré sa

mort que grâce à elle. L’essentiel du Christ, c’est qu’il est la parole incarnée, c’est son

témoignage, son Evangile, c’est cela qui nous donne la vie, et c’est pour cela que Dieu l’a

envoyé dans le monde. Sa mort pourrait même être vue comme un échec : on aurait pu

espérer que le monde l’écoute et se convertisse, au lieu de cela, il l’a rejeté et il l’a tué.

Cette idée est, certes, un peu provocatrice, et pourtant elle se trouve même dans

l’Evangile avec la Parabole des Vignerons en Matthieu 21, 33. Là, le maître de la vigne

qui est Dieu après avoir envoyé les prophètes qui ont été malmenés, veut envoyer son

fils, et il dit : « ils écouteront mon fils », mais les vignerons le tuent. Ce que l’on voit, c’est

que l’objectif de Dieu, son but, ce n’était pas que le fils meurt, mais qu’il porte la parole

du père. La mort de Jésus n’est pas le but voulu, mais l’aboutissement regrettable de sa

mission.

Dans ce cas, la mort de Jésus n’aurait de sens que par rapport à la résurrection : Dieu ne

reste pas sur les échecs, mais il parvient à les transformer en chances. La résurrection,

ainsi c’est l’affirmation que la vie du Christ ne se conclut pas par un échec, mais par une

victoire au delà de cet échec. La résurrection, c’est la victoire du Christ sur la mort : ses

opposants pensaient qu’en le tuant ils arrêteraient tout, et que Jésus cesserait d’être

d’aucune importance pour l’humanité, mais voici qu’au contraire, son message, son esprit

traversent et transcendent la mort qui n’arrête rien du tout d’important. L’essentiel

traverse la mort, et malgré cette mort physique, Christ continue son œuvre de vie dans

le monde, il continue d’être présent aujourd’hui parmi nous et dans nos cœurs.

Ainsi, on peut penser qu’en effet, la bonne nouvelle pour nous, ce n’est pas tant sa mort

que sa résurrection, ou qu’en tout cas la mort de Jésus ne peut avoir de sens que si elle

est lue à rebours à travers le bonne nouvelle de Pâques.

• Mais on peut ne pas se contenter de cela et vouloir chercher si la mort de Jésus ne

pourrait pas avoir en elle-même quelque chose de positif pour nous. Et on peut le

penser....

D’abord en ce que c’est un témoignage d’amour pour nous. Jésus aurait pu échapper à la

mort en reniant son message, mais il a voulu aller jusqu’au bout... pour nous. Sa mort

est donc signe de conviction, certainement, mais plus encore un signe d’amour. Parce

que c’est pour nous, pour l’humanité et pour chacun d’entre nous que Jésus a voulu que

son message puisse passer. On peut dire ainsi qu’il est offert pour nous, on peut même

parler de « sacrifice », mais pas d’un sacrifice comme dans l’ancien testament pour

racheter quoi que ce soit auprès de Dieu, Jésus s’est simplement offert en sacrifice pour

nous, il a sacrifié sa vie pour que nous ayons la vie.

Jésus savait bien sûr que sa vie était le prix à payer (à la méchanceté du monde) pour

pouvoir accomplir sa mission jusqu’au bout, et il l’a assumé. Ce n’est pas, donc,

mécaniquement sa mort qui nous sauve, mais sans elle, son message ne nous serait

même pas parvenu. C’est ce que dit Paul : « alors que nous étions encore pécheurs, Christ

est mort pour nous... à peine accepterions nous de mourir pour un juste... mais pour des

pécheurs ! ». Ainsi Jésus, au lieu de nous condamner, de nous mépriser, nous juge même

dignes de nous offrir sa vie : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour

ceux que l’on aime... ». Merci Seigneur Jésus !

• Et puis sa mort est l’application de son évangile. Jésus nous a appris qu’il y avait plus

important que la vie physique. Il a dit : « ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps et

ensuite ne peuvent rien faire, craignez plutôt ceux qui peuvent tuer l’esprit, l’âme... ». Il a

enseigné que nous étions plus que des animaux, que la vie était bien plus que le corps ou

le vêtement, l’essentiel, l’éternel étant le fait d’aimer, de donner, de servir... Et voilà qu’il

est mis lui-même au pied du mur, soit il renonce à sa vie physique, soit à tout ce qui a

fait sens dans sa vie, et il choisit, le sens, le don, l’amour... Et voici que la suite de

l’histoire, le commencement de l’Eglise, et le fait que nous en parlions encore

aujourd’hui, lui donne raison : la mort physique n’était pas grand chose de désastreux en

fait. Sa mort et la conscience de sa résurrection par les chrétiens est donc la preuve

absolue de la véracité de son message, sans cela, nous ne pourrions en être vraiment

sûrs.

Il a donc bien voulu se confronter lui-même à ce qui nous fait le plus peur : la mort, pour

prouver qu’il y avait plus grand et plus fort que la mort physique. La mort du Christ nous

montre qu’en fait, la mort n’a rien emporté. Les juifs pensaient tout arrêter en le tuant,

mais la mort n’a emporté qu’une dépouille putrescible, elle n’a pas emporté l’essentiel qui

est invisible pour les yeux. Et la puissance du Christ continue au delà de sa mort, nous

en sommes les témoins.

Ainsi ce qui nous sauve, c’est Dieu, et par sa propre volonté, sans qu’il y ait besoin de

faire appel à des mécanismes humains et primitifs. Dieu nous sauve, parce qu’il est

amour... Mais par Jésus, nous le savons, nous en avons la preuve. Par Jésus nous

sommes sauvés si ce n’est de la mort, au moins de la peur de la mort, et par Jésus, nous

savons que Dieu s’approche pour nous donner la vie, nous offrir la vie éternelle, et par

lui, nous pouvons dire le « oui » de la foi à Dieu, et ainsi saisir cette vie Eternelle à

laquelle nous sommes appelés et que nous aurions pu risquer de laisser filer si lui ne

nous l’avait pas démontrée.

Ainsi par la mort et la résurrection du Christ, nous savons qu’il était la Parole qui

demeure éternellement, et que cette parole est une parole d’amour, de grâce et de

pardon, ainsi sommes-nous certainement sauvés, il l’a dit, et nous en avons la preuve,

sauvés aussi de la peur et de l’absurde, et nous savons que nous sommes aimés. Amen

Publié dans Spiritualité

Commenter cet article