L'honnête homme ...

Publié le par Jack Martial Chevalier

La politesse mondaine et l'honnête homme en France au XVIIe siècle par M. Magendie.


La dernière causerie de Philippe Gandillet, ici , a provoqué un débat sur lanotion d'honnête homme. J'ai pensé qu'il vous serait agréable que j'en rappelle les contours pour qu'une méprise sur la réputation de misogyniede notre chroniqueur du lundi soit étouffée dans l'œuf. Cela tombait bien, j'avais sur les rayonnages un ouvrage qui développait le concept dans ses moindres détails. En voici les grandes lignes…

L'honnête homme est un terme qui désigne au XVIIe siècle, une personne cultivée, modérée, ayant le sens des convenances sociales et le goût de la vie mondaine de l’époque. Ses sentiments sont nobles. Son honnêteté intellectuelle et morale est exemplaire. Un peu dans le genre de Philippe Gandillet, n'est-ce pas ?


Respecter les bienséances, c'est savoir ce qu'il convient de dire et de faire dans une circonstance donnée, c'est avoir le bon goût et les bonnes manières. La société policée du XVIIe siècle, composée principalement de l'aristocratie ancienne et de la noblesse parlementaire, auxquelles s'agrège peu à peu la partie riche et éduquée de la bourgeoisie, cherche à formuler les règles idéales du comportement social sous le nom d'honnêteté. Mais n'est pas honnête homme qui veut ! Il y a deux sortes d'honnêteté : L'une mondaine, l'autre morale, et leur définition comme leur champ d'action se recoupent parfois, voire se contredisent au cours du siècle. Molière montre, d'ailleurs, admirablement dans Le Misanthropel'opposition entre une attitude mondaine de conciliation et une attitude morale intransigeante, à travers les figures de Philinte et d'Alceste…

La société a ses travers et certaines marques de politesse ont pu laisser penser à des marques de flatterie. Deux écrivains, qu'on assemble parfois sous l'étiquette de "moralistes" ont stigmatisé ces excès. La Fontainedans ses Fables et La Bruyère dans ses Caractères. Pour comprendre la théorie de l'honnêteté, il faut se souvenir du précepte latin : Intus ut libet, foris ut moris est (A l'intérieur, fais comme il te plaît, à l'extérieur, agis selon la coutume). L'honnête homme possède des lumières sur tous les sujets mais surtout, il ne doit pas ennuyer. Il sait qu'au cours d'une conversation, il a affaire à des personnes inégalement pourvues par la nature et ceci quelque soit leur sexe. Il lui faut donc éviter le pédantisme. Là encore, il doit s'adapter à son auditoire


L’idéal de l’honnêteté se trouva résumé dans la publication en 1630, parNicolas Faret, d’un traité de civilité intitulé L’Honnête Homme ou l’art de plaire à la Cour où il explique aux nouveaux venus à la Cour comment réussir dans "le monde". L’art de l’honnête homme est un art de plaire, mais pas un art de parvenir : L’honnête homme de Faret n'est pas un courtisan… En fait, le but de l’honnête homme est le bonheur. Pour y arriver, il doit se faire aimer des personnes qui lui sont chères. En effet, l’honnête homme veut plaire à autrui, mais il veut surtout conserverl’harmonie et l’ordre établi de la société. Le XVIIIe et le XIXe siècle virent une transformation de l’idéal de l’honnête homme tel qu’il avait été défini aux siècles précédents. Le philosophe devint l’authentique honnête homme. Il ne devait plus se taire afin de mieux plaire à autrui comme le faisait l’honnête homme de l’époque classique !

Et l'honnête homme du XXe et du XXIe siècle, me direz-vous, quel est-il ? Je compte éventuellement sur vos propositions et vos définitions. Personnellement, je connais un modèle ;-)) Pierre


« J'ai les sentiments vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d'être tout à fait honnête homme que mes amis ne me sauraient faire un plus grand plaisir que de m'avertir sincèrement de mes défauts ». La Rochefoucauld Maximes (1665)

« Un honnête homme, que je ne distingue pas de l’homme de bien, doit tâcher d’être utile à sa patrie, et, en se rendant agréable à tout le monde, il est obligé de ne pas profiter seulement à soi-même, mais encore au public, et particulièrement à ses amis qui seront tous les vertueux. » Nicolas Faret l’Honnête Homme ou l’Art de plaire à la Cour (1630)


"..ce prince était un chef-d'oeuvre de la nature; ce qu'il avait de moins admirable, c'était d'être l'homme du monde le mieux fait et le plus beau. Ce qui le mettait au-dessus des autres était une valeur incomparable, et un agrément dans son esprit, dans son visage et dans ses actions, que l'on n'a jamais vu qu'à lui seul; il avait un enjouement qui plaisait également aux hommes et aux femmes, une adresse extraordinaire dans tous ses exercices, une manière de s'habiller qui était toujours suivie de tout le monde, sans pouvoir être imitée, et enfin un air dans toute sa personne qui faisait qu'on ne pouvait regarder que lui dans tous les lieux où il paraissait. Il n'y avait aucune dame dans la Cour dont la gloire n'eût été flattée de le voir attaché à elle; peu de celles à qui il s'était attaché se pouvaient vanter de lui avoir résisté, et même plusieurs à qui il n'avait point témoigné de passion n'avaient pas laissé d'en avoir pour lui. Il avait tant de douceur et tant de disposition à la galanterie qu'il ne pouvait refuser quelques soins à celles qui tâchaient de lui plaire: ainsi il avait plusieurs maîtresses, mais il était difficile de deviner celle qu'il aimait véritablement ". Madame de La Fayette La Princesse de Clèves (1678)


MAGENDIE (M). La politesse mondaine et les théories de l'honnêteté en France au XVIIe siècle. Paris, librairie Felix Alcan, sd (1930). 2 volumes grands in-8, brochés de 943pp. Couverture cartonnée. Le deuxième tome présente une trace de mouillure claire sur le premier plat réduit à cette unique page. Non coupé. Bons exemplaires mais extérieurement un peu sales. 50 € + port

Publié dans Réflexion

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